En fin de semaine dernière, les électeurs de France et de Grèce ont fait des choix qui amènent des changements importants à leur gouvernement respectif.
Ces changements ont replongé la zone euro, déjà fragile, dans l’incertitude, menaçant de mettre des bâtons dans les roues aux politiques d’austérité menées par l’Allemagne, du moins dans une certaine mesure, et menaçant du même coup le plan de renflouement d’Athènes.
La défaite des partis pro-austérité dans ces deux pays obligera la chancelière allemande Angela Merkel à réviser sa stratégie délicate visant à régler les problèmes budgétaires de la zone euro, sans quoi l’Allemagne risque de se trouver de plus en plus isolée, même si c’est le gouvernement de Mme Merkel qui tient les cordons de la bourse.
Ces revirements politiques récents portent à sept le nombre de pays européens où les électeurs désillusionnés ont destitué les dirigeants ou les partis au pouvoir en moins de deux ans, période au cours de laquelle la crise de la dette souveraine s’est accentuée et où les gouvernements aux prises avec des difficultés budgétaires ont commencé à sabrer dans les budgets. Dans tous les cas, les mesures d’austérité prévues ou exécutées ont infligé de lourds dommages aux économies déjà affaiblies, entraînant des récessions et faisant grimper les taux de chômage nationaux à un sommet en 15 ans.
On ne sait pas encore quel sort attend le pacte fiscal européen préconisé par Mme Merkel, qui n’est toujours pas ratifié et qui exige que les gouvernements maintiennent l’équilibre budgétaire sous peine de s’exposer à des amendes très sévères.
Répercussions pour les agriculteurs
Les producteurs agricoles se demandent peut-être en quoi cela les concerne.
Ces questions politiques les touchent sans doute plus qu’ils ne le pensent.
Dans le contexte d’agitation actuel, les marchés boursiers en Amérique du Nord et en Europe sont sous pression, de même que les marchés des métaux et de l’énergie, en raison de la menace renouvelée que représente la liquidation spéculative des positions longues. Les marchés agricoles ont été relativement épargnés jusqu’ici, mais les pertes enregistrées cette semaine dans les marchés de grains ne peuvent être prises à la légère.
Cela dit, les prix à terme du soja à Chicago et du canola à Winnipeg continuent de bénéficier d’un soutien graphique et poursuivent leur tendance haussière respective depuis les creux atteints en décembre. Fait un peu plus troublant, cependant, la ligne de tendance de soutien a été franchie récemment dans le cas des prix à terme de l’huile de soja du Chicago Board of Trade, du colza de l’Union européenne (UE) et de l’huile de palme de Malaisie.
Devant les nombreuses décisions qui restent à prendre en Europe, les marchés de tous les types et de toutes les tailles doivent s’attendre à connaître des périodes de plus en plus volatiles.
Une foule de scénarios apocalyptiques circulent, et nous pouvons les ignorer pour la bonne raison qu’il s’agit d’extrémisme économique, je suppose. Mais ces hypothèses n’en dépeignent pas moins un portrait effrayant.
Tenter de comprendre la nature, le caractère envahissant et les conséquences du surendettement des finances publiques et privées semble être une tâche écrasante.
Deux grandes écoles de pensée
Toutefois, il semble y avoir deux écoles de pensée dominantes à l’heure actuelle concernant le dénouement de cette succession de problèmes de dette à l’échelle mondiale.
La première suppose la solution classique de laisser libre cours à l’inflation dans les économies mondiales pour les sortir de leurs crises financières. C’est ce qu’on appelle la pensée keynésienne.
La deuxième suppose une approche déflationniste de détérioration ou de réévaluation nettement en baisse des actifs financiers au fil du temps.
Aucune de ces stratégies n’est sans heurts, mais la deuxième est la pire, parce qu’elle suppose d’importantes turbulences financières.
Depuis la crise bancaire de 2008, les gouvernements et les banques centrales à l’échelle mondiale (dirigées par les États-Unis, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international), ont adopté la première stratégie. Ils tentent d’utiliser l’inflation dans leurs économies respectives pour régler leurs problèmes de crédit, à l’aide d’injections monétaires massives dans le système bancaire (en faisant apparaître de l’argent comme par magie) pour graisser les rouages de l’économie mondiale et redémarrer la croissance économique. Aux États-Unis, le terme « assouplissement quantitatif » est devenu le mot
fourre-tout pour désigner ce processus.
Cependant, cette stratégie n’a connu qu’un succès limité jusqu’ici. La croissance économique demeure lente et modérée aux États-Unis, tandis que l’UE semble avoir replongé en récession. Et maintenant, ces deux régions sont aux prises avec des dettes encore plus lourdes. Les failles économiques sont encore plus visibles aujourd’hui dans des pays européens comme la Grèce, l’Espagne et l’Italie. Ce n’est peut-être qu’une question de temps avant que l’Amérique du Nord les rejoigne.
Comme les taux d’intérêt se situent déjà à zéro ou presque et que des billions de dollars « neufs » ont déjà été injectés dans le système financier, les gouvernements et les banques centrales ont déployé leurs armes les plus efficaces et n’ont obtenu qu’un succès mitigé.
L’inflation des marchés comme moyen de régler cette crise aiguë du crédit ne semble pas fonctionner, et ne fait que retarder les décisions politiques de plus en plus difficiles qui devront être prises avant que le défaut souverain devienne la seule et ultime solution. Le crédit facile d’aujourd’hui n’est tout simplement pas soutenable.
Le monde doit affronter une période de rapprochement du crédit ou de désendettement où l’accès au crédit sera de plus en plus difficile. Les gouvernements devront employer des mesures fiscales radicales, mesures qui s’avèrent très impopulaires auprès des électeurs. C’est là l’unique moyen, et ce sera un défi pour les dirigeants qui sont résolus à prendre les moyens appropriés pour garantir la santé à long terme de leur pays respectif.
La résolution de la crise aura de vastes répercussions
Les problèmes en évolution et leur résolution ultime finiront par toucher tous les secteurs industriels, et par toucher la vie des êtres humains. L’agriculture dans l’Ouest canadien n’en sortira pas indemne, je présume.
Pour le moment, les autorités continuent de promouvoir la stratégie inflationniste. Mais celle-ci n’apportera pas la solution au problème.
Le désendettement par le crédit finira par provoquer une vague déflationniste à l’échelle des marchés mondiaux des produits de base. Les prix des céréales et du bétail en ressentiront la pression. Quand cela se produira-t-il, et quelle sera l’amplitude de cette vague déflationniste? Ce sont des questions qui restent à élucider et auxquelles personne ne peut apporter de réponse certaine.
J’attire votre attention sur cette situation simplement pour vous avertir de ne pas fonder vos décisions en matière de commercialisation du grain uniquement sur les questions fondamentales touchant nos propres produits agricoles, pour vous aider à faire une estimation de l’orientation future des prix.
Les rapports du département de l’Agriculture des États-Unis et de Statistique Canada, les tendances de la production future et les estimations concernant la demande ont tous une influence importante sur nos marchés agricoles.
Cependant, il y a des considérations macroéconomiques plus importantes en jeu qui risquent, en fin de compte, d’être les facteurs décisifs de la fixation des prix sur le marché. Il est donc essentiel de les prendre en considération lorsque nous déterminons comment nous commercialiserons notre production agricole pour l’année qui vient et les suivantes.
Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l’information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Composez le 204-654-4290 ou rendez-vous à l’adresse www.pfcanada.com (en anglais seulement) pour en savoir plus au sujet des services qu’il offre.